Au Tchad, un matin pas comme les autres 2


Il m’arrive souvent de regarder les films téléchargés du net quand je n’ai rien à faire, une manière de tuer le temps… Hier, je suis tombé par hasard sur un documentaire qui parlait du conflit au Darfour. L’attaque des janjawid entraîne la fuite de très nombreux villageois vers la frontière avec le Tchad.

Ce documentaire m’a très vite rappelé les événements du 2 et 3 février 2008 à N’Djamena, au Tchad…

Le 3 février 2008, je me souviens m’être réveillé me suis réveillé de façon inhabituelle, avec un cœur rempli de peur et d’inquiétude pour ma sécurité et aussi celle de mon oncle. Nous étions tous les deux terrés chez nous dans le quartier N’Djari, au Nord-Est de N’Djamena. Il faisait froid. Quand mon réveil sonna à l’heure de la prière de l’aube, j’entendis le bruit lointain d’un hélicoptère qui survolait au-dessus de nos têtes. Mon oncle me dit que c’était le ratissage.

Depuis la veille, la colonne des forces rebelles venues de l’Est occupait la capitale. Elle échoua dans sa volonté de prendre le pouvoir dans les 24 heures qui suivirent… Ce matin là elle se retirait de la contrée en traversant N’Djari. Profitant de cette occasion, les forces loyales au président Idriss Déby la poursuivaient. Il y avait donc des combats dans les rues.

Soudain, une roquette tirée par l’armée nationale tchadienne sur un véhicule pick-up caché aux alentours par les rebelles provoqua un bruit assourdissant, un salve d’éclats atérrit sur le toit de ma chambre. Tout à coup, au même moment, mes pigeons dénichés, effarés par ce bruit, s’envolèrent. Les tirs s’enchaînaient de partout. J’entendis un cri perçant venant de la maison d’à côté. Ne pouvant pas rester là bras croisés, je quittais la maison dans le but de secourir les voisins. C’était l’horreur. Une maman avec le bras arraché pleurait son enfant mort lors de la déflagration. Ne supportant pas cette situation, nous avons décidé mon oncle et moi d’évacuer les lieux pour nous mettre à l’abri des bombardements.

Nous étions en route vers Démbé, un quartier du centre ville où régnait un calme précaire.Sur le chemin, les stigmates de combat étaient visibles partout : cadavres de civils recouverts des nattes, véhicules calcinés au milieu des rues, maisons incendiées, etc.

Aube,

Malgré l’intensité des combats, certains habitants n’ont pas eu peur des balles et se sont livrés à des pillages. Nous nous étions arrêtés un instant pour observer ces derniers qui couraient vers le palais du 15 janvier, siège du Parlement. Ils ont tout emporté : portes et fenêtres, robinets d’eau, chaises, moquettes, ordinateurs… Les pillards ont vidé l’institution de tout son contenu, même la documentation était détruite. Le spectacle des papiers éparpillés dans la cour en désolait plus d’un.

Ce comportement m’a paru très négatif et m’a amené à m’interroger sur la citoyenneté de ces individus. Mon oncle me dit à l’oreille: « ces individus expriment leur ras-le-bol“. Et nous avons continué notre chemin avec ces images de désenchantement…

Voilà une histoire très tumultueuse, mon histoire en ce début de février 2008. Elle est restée gravée dans ma mémoire, elle l’est sans doute aussi restée dans la mémoire de beaucoup de N’djamenois.


Harif

A propos de Harif

Je suis africain d'origine tchadienne passionné des TICs et des nouveaux médias. Réalisateur, monteur video, infographiste et addict des nouvelles narrations.


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2 commentaires sur “Au Tchad, un matin pas comme les autres